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واحد hypocrite tu portais l’masque avant le COVID

Il est 7h50, je suis dans le métro, masquée comme tous les autres passagers. On arrive à la station Concorde. Un monsieur, debout en face de moi, lit un livre : Roi par effraction. C’est drôle de se dire que c’est ici-même qu’a été guillotiné Louis XVI, il y a plus de deux siècles. Et c’est ici aussi que j’ai décidé que commencerait le bal masqué. Récit d’une masque-arade qui date de mars dernier. Et en réalité, même antérieurement puisque comme le chante l’Algérino,  » [espèce] d’hypocrite, tu portais l’masque avant le COVID ».  

Il y a quelques mois, je vous racontais l’une de mes premières sorties en plein premier confinement. Je vous parlais, entre autres, d’un triste paradoxe : celui d’un SDF qui s’était établi devant une agence immobilière. Sachez que 7 mois plus tard, à l’heure où je vous écris, ce monsieur est malheureusement encore à la rue, avec son sac de couchage qui jouxte l’entrée de l’agence immobilière. Il ne vient qu’une fois la nuit tombée pour se coucher près d’une aération qui dégage de l’air chaud. L’unique détail qui a changé en 7 mois ? C’est cette grande affiche « bail à céder » qui trône désormais à côté de la porte d’entrée… Il y a écrit que c’est pour « cause de transfert ». Le 23 novembre dernier, ce n’est pas un simple transfert mais une très violente évacuation qui a eue lieu place de la République, à Paris…

Un homme chute lourdement lorsqu’un policier en uniforme lui fait un croche-pied 

Vous n’aurez pas besoin de moi pour retrouver les images de l’évacuation du camp de migrants place de la République. La violence et la brutalité étaient de mise lors de ce qui avait tout l’air d’être une chasse à l’homme. Le summum de la cruauté ? On le décerne à un policier qui a fait un croche-pied à un migrant qui courrait et qui a donc lourdement chuté. Ah non, en terme de cruauté, il y a aussi la manière dont les migrants ont été sortis comme des malpropres de leurs tentes. Puis, on peut également mentionner le fait que les couvertures de certains d’entre eux ont été aspergées de bombe lacrymogène… Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, s’est saisi de son compte Twitter pour qualifier d’« images choquantes » ce démantèlement. Il en a profité pour demander un « rapport circonstancié au préfet de police de Paris » Didier Lallement. Il s’était engagé à rendre publiques les conclusions des enquêtes de l’IGPN (« la police des polices ») et a partagé un rapport de synthèse de deux pages…

Ni plus ni moins. Mais ce qui est amusant, c’est de se dire que dans ce rapport il est demandé, au sujet de l’agression du journaliste Rémy Buisine, par exemple, d’accomplir « (…) pour cette action de police en particulier, (…) la recherche et l’exploitation d’autres supports vidéos, notamment antérieurs à la scène afin de se prononcer sur d’éventuels manquements ». Pourquoi cela m’amuse-t-il ? Peut-être à cause de l’article 24 de la proposition de loi « sécurité globale », qui encadre la diffusion d’images de policiers. En effet, cet article prévoit de pénaliser la diffusion « malveillante » (qui décidera du caractère malveillant ? Je vous laisse deviner…) de l’image des policiers et des gendarmes. Pourtant sans les supports vidéos, il aurait été difficile voire quasiment impossible de faire la lumière sur certaines affaires de violences policières. D’ailleurs, revenons-en au sujet central de cet article : le masque. 

« Tout le monde ne portera pas de masque »

Sibeth Ndiaye

Le 4 mars dernier, Sibeth Ndiaye, l’ex-Porte-parole du Gouvernement, déclarait au micro de France Inter :« Il faut vraiment qu’il y ait un contact qui soit prolongé avec quelqu’un, et une transmission par gouttelettes. C’est aussi la raison pour laquelle tout le monde ne portera pas de masque en France. » Soit. Puis, elle ajoutait que « Les Français ne pourront pas acheter de masque dans les pharmacies parce que ce n’est pas nécessaire quand on n’est pas malade. » D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne voyait pas, elle non plus, l’utilité de généraliser le port du masque buccal pour lutter contre le COVID-19. En effet, Michael Ryan, le directeur exécutif chargé de la gestion des situations d’urgence sanitaire avait déclaré « Rien n’indique que cela serait bénéfique ». Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, considérait lui aussi en avril dernier que le port du masque n’était « ni obligatoire, ni recommandé à ce stade ». Encore une fois, pourquoi pas mais comment peut-on passer de pas « obligatoire » à « Le non-respect de l’obligation de porter le masque est une infraction punie d’une amende de 135 € » ? Pourquoi ne pas avoir recommandé le port du masque dès le début par mesure de prévention ? Il faut que les masques tombent (au sens figuré, bien évidemment) et que notre gouvernement prenne ses responsabilités. D’ailleurs, en parlant de responsabilités parlons par exemple de celles des policiers qui ont agressé Michel Zecler, un producteur de musique, dans son studio musical. 

« Violences par dépositaire de l’autorité publique »

Samedi 21 novembre, Michel Zecler sort, sans masque, de son studio, il aperçoit une voiture de police et décide de retourner dans ses locaux pour éviter une potentielle amende. L’histoire aurait pu s’arrêtait ici mais c’était sans compter sur trois policiers qui sont entrés derrière lui et l’ont brutalement interpellé dans l’entrée. Les images sont choquantes. Il n’y a en réalité pas de mots assez forts pour décrire cette violence, cette haine, ce racisme. Les images ont été filmées par la caméra de vidéosurveillance placée à l’entrée du studio. La scène est folle : Michel Zecler est passé à tabac. Il sera ensuite placé en garde à vue. Les policiers responsables de cette agression, tentent de faire passer leurs actes pour une réponse à une rébellion. En effet, ils indiquent dans leur compte rendu que monsieur Zecler les a frappés et qu’il a tenté de dérober leur arme de service. Le parquet de Paris ouvre donc une enquête pour « rébellion » et « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Sauf qu’entre-temps, l’avocate du producteur transmet au parquet les images de vidéosurveillance qui montrent les policiers en train de tabasser son client. Le parquet classe l’enquête ouverte contre Michel Zecler et ouvre finalement une nouvelle enquête pour « violences par dépositaire de l’autorité publique » et « faux en écriture publique ». Et puis on en revient encore au scandaleux article 24 de la proposition de loi « sécurité globale » qui paradoxalement souligne le fait que sans ces images et avec le seul compte rendu mensonger des policiers, le producteur de musique aurait pu avoir de gros ennuis avec la justice. Mais que faire quand on sera puni par la loi en diffusant de telles images ? Comment tenter de contrer l’injustice ? 

« (…) une police exemplaire avec les Français, 

des Français exemplaires avec les forces de l’ordre. » 

Emmanuel macron

Le président de la République, Emmanuel Macron s’est exprimé à ce sujet via un post sur Facebook. « Les images que nous avons tous vues de l’agression de Michel Zecler sont inacceptables. Elles nous font honte. La France ne doit jamais se résoudre à la violence ou la brutalité, d’où qu’elles viennent. La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme. Je crois en la République exemplaire : une police exemplaire avec les Français, des Français exemplaires avec les forces de l’ordre comme avec tous les représentants de l’autorité publique. (…) Je n’accepterai jamais les violences perpétrées envers nos policiers et nos gendarmes, tous ceux qui portent l’uniforme (…) » Et d’ajouter « Je demande au Gouvernement de me faire rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent et pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations. Je crois en nos libertés, dont je suis le garant. Liberté d’expression et liberté de la presse. Je n’ai jamais cessé de défendre ces principes et tous ceux qui l’incarnent. » Encore une fois, clin d’oeil à l’article 24 de la proposition de loi « sécurité globale ». Puis, de conclure, « Il nous faut savoir regarder les réalités de notre pays en face et conduire avec détermination, calme et respect les débats qui sont aujourd’hui ceux de notre société. » Et justement, ces réalités c’est malheureusement aussi les violences policières. Des forces de l’ordre qui font honte à la profession et qui se croient au dessus des lois car emmitouflés dans leur uniforme. Il faut pouvoir continuer à filmer, partager et « regarder les réalités de notre pays en face ». Bref, il est 7h50, le bal masqué n’est pas prêt de s’arrêter. Les magasins rouvrent dans quelques heures. Hier soir, j’avais l’impression que la devanture du centre commercial Beaugrenelle scintillait de plus belle comme une réponse à cette annonce et cette bonne nouvelle pour les commerçants. Les mails des marques affluent : « Hâte de vous revoir », « Jusqu’à -25% pour des retrouvailles magiques », « Tellement heureux de vous retrouver » ou encore « Enfin réunis ! ». J’en reçois encore à l’instant, du genre « YIIIHAAA, nos magasins sont ouverts », mais aussi « C’est le grand jour, on se retrouve en boutique ! » Continuons, impuissants, à assister au bal… masqué même si en réalité, cette tartufferie ne date pas d’aujourd’hui. Dans la chanson « Je suis Marseille » présente sur l’album 13 organisé à l’initiative de Jul, l’Algérino chante  » wahed [espèce d’] hypocrite, tu portais l’masque avant le COVID » . Comprendre ici qu’il n’y rien de nouveau à l’horizon On conclura sur ces mots de George Sand qui écrivait que « Le monde est une comédie, voilà ce qu’il y a de certain, et voilà pourquoi je te disais tout à l’heure : Traversons gravement, ma noble fille, cette méchante mascarade qui s’appelle le monde. »  

Tableau : Le masque de Joseph Désiré Court

Fondatrice de thedaybriefing.com

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