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Bad Bunny glacial aux Grammy Awards : « ICE out »

Lors de la cérémonie des Grammy Awards 2026, dimanche 1er février 2026, Bad Bunny a marqué les esprits bien au-delà de sa victoire musicale. Récompensé pour DeBÍ TiRAR MáS FOToS, l’artiste portoricain a profité de la scène pour livrer un discours engagé contre la politique migratoire américaine, appelant au retrait de l’ICE.

En septembre dernier, dans un long entretien accordé au magazine i-D, Bad Bunny s’est livré à une introspection rare, revenant à la fois sur son évolution personnelle, ses choix artistiques et ses engagements politiques. À 31 ans, l’artiste, devenu une figure mondiale de la musique, a pris le temps de mesurer le chemin parcouru depuis sa première interview avec le média en 2018. « Pour te dire la vérité, j’ai l’impression que c’était il y a dix ans. Réel, différent, étrange. Je faisais d’autres choses, je pensais à d’autres choses (…) professionnellement, j’ai beaucoup grandi », avait-il confié à notre consoeur. Cette trajectoire fulgurante, Bad Bunny la relie aussi à une responsabilité culturelle. Son succès a largement contribué à offrir une visibilité inédite à la culture latine dans les médias anglophones. « Je suis fier de faire partie de quelque chose comme ça », avait-il affirmé, conscient de l’impact de son œuvre.

Un hommage vivant à Porto Rico

Cette volonté de rester fidèle à ses racines irrigue l’ensemble de ses projets récents, à commencer par sa résidence à San Juan, intitulée No Me Quiero Ir de Aquí, soit Je ne veux pas partir d’ici. Pensée comme une immersion totale dans l’âme portoricaine, l’expérience se voulait à la fois musicale, visuelle et émotionnelle. « Je voulais donner vie à l’album, montrer à quoi il ressemblerait s’il était physique – et c’est ce que tu vois. C’est la campagne. C’est un peu de notre passé, de notre culture, de ce qu’est la bomba, mais avec mon son – le son d’aujourd’hui, du futur. C’est une fête, c’est de la nostalgie, c’est de la lutte… c’est du romantisme », avait-il détaillé.

La scénographie, volontairement contrastée, mêlait une forêt luxuriante rappelant la nature de Porto Rico et une maison rose symbolisant le foyer. Un choix loin d’être anodin ! « La maison représente un foyer où l’on grandit… une maison censée être la nôtre, mais qui pourrait aussi ne pas l’être. C’est aussi un foyer que l’on peut être obligé de quitter, et que beaucoup ne voudraient pas abandonner… », avait détaillé Bad Bunny, Benito Antonio Martinez Ocasio, de son vrai nom. Puis de préciser : « La fierté, le sentiment de patrie qui unit les générations. On l’a toujours ressenti dans mes concerts, mais dans celui-ci, c’est bien plus marqué ».

« J’ai toujours aimé la salsa« 

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Cette reconnexion passe aussi par la musique. Avec son album DeBÍ TiRAR MáS FOToS, Bad Bunny revendique un retour assumé à la salsa, à la bomba et à la plena. « J’avais depuis longtemps envie d’essayer de faire un album de salsa. Mais je me disais toujours que ce serait pour plus tard, du genre : ‘peut-être quand j’aurai 40 ans’. Mais pourquoi attendre si longtemps ? », s’était-il questionné. Cette exploration s’est accompagnée d’un apprentissage personnel, notamment de la danse. « Je n’ai jamais été un grand danseur, mais j’ai toujours aimé la salsa. Quand on a commencé à travailler sur cet album, j’ai décidé d’apprendre », avait-t-il raconté, avant d’ajouter : « Au moins je connais les bases, donc si je suis ivre, je peux danser toute la nuit. Mais j’aime danser parce que je ressens la musique, tu vois ? C’est comme un langage du corps, un langage de l’âme ».

Un boycott assumé des États-Unis

Toujours interrogé par i-D sur son choix de ne pas se produire aux États-Unis lors de sa dernière tournée, Bad Bunny avait tenu à clarifier sa position. «Il y avait beaucoup de raisons pour lesquelles je n’ai pas joué aux États-Unis, et aucune n’était liée à la haine – je m’y suis produit de nombreuses fois. Tous ces concerts ont été des succès », avait-il rappelé avant de souligner le poids du contexte politique. «Tous ont été magnifiques. J’ai adoré me connecter aux Latinos qui y vivent, spécifiquement pour une résidence ici, à Porto Rico, qui est un territoire non incorporé des États-Unis… Mais il y avait cette question, genre, ‘putain, ICE pourrait être dehors [de mon concert]’. Et c’est quelque chose dont on a beaucoup parlé, et qui nous inquiétait».

Ce positionnement n’a pourtant pas empêché l’artiste d’accepter un défi planétaire : succéder à Kendrick Lamar lors du show de la mi-temps du Super Bowl. Le 8 février 2026, Bad Bunny se produira au Levi’s Stadium de Santa Clara, en Californie. Dans un communiqué relayé par The Guardian, l’artiste a expliqué : « Je vais le faire pour tous ceux qui ont posé les premiers jalons, et travaillé pour que je puisse en arriver là, à marquer ce touchdown. C’est pour mon peuple, ma culture, notre histoire ». Cette annonce a toutefois ravivé les critiques dans les milieux trumpistes…

En octobre dernier, Corey Lewandowski, désormais lié au Département de la Sécurité intérieure, a confirmé que des agents de l’ICE seront présents lors de l’événement. Invité du podcast The Benny Show, il a affirmé : « Il n’existe aucun endroit où les personnes présentes illégalement dans ce pays peuvent bénéficier d’un refuge. Pas au Super Bowl et nulle part ailleurs. Nous vous retrouverons, nous vous arrêterons, nous vous placerons dans un centre de rétention et nous vous déporterons », avant de préciser : « Sachez que c’est une situation très réelle sous cette administration, ce qui est contraire à ce qui se faisait auparavant ». Corey Lewandowski n’a pas caché son hostilité envers le choix de Bad Bunny : « C’est tellement honteux qu’ils aient décidé de choisir quelqu’un qui semble détester autant l’Amérique pour la représenter lors du show de mi-temps ».

« Notre empreinte, personne ne pourra jamais l’effacer »

Bad bunny

Face à la polémique, Bad Bunny a choisi l’ironie. Le 4 octobre 2025, invité et animateur de Saturday Night Live, il a répondu sur scène : « Je suis très heureux de cette opportunité », avant d’ajouter, sourire aux lèvres : « Et je pense que tout le monde s’en réjouit, même Fox News ». Un sketch diffusé durant l’émission poussait la satire encore plus loin, avec de faux présentateurs déclarant : « Bad Bunny est mon musicien préféré, et il devrait être le prochain président ». Alternant entre espagnol et anglais, l’artiste a ensuite livré un message plus solennel : « Je veux remercier ceux qui attendent avec impatience ma performance, en particulier tous les Latinos et les Latinas du monde entier, ici aux États-Unis, qui ont œuvré pour ouvrir les portes. C’est plus qu’une victoire pour moi, c’est une victoire pour nous tous. Notre empreinte et notre contribution dans ce pays, personne ne pourra jamais les effacer ». Et de conclure alors avec défi : « Si vous n’avez pas compris ce que je viens de dire, vous avez quatre mois pour apprendre [l’espagnol] ».

« Nous sommes Américains »

BAD BUNNY

Cette prise de position s’est confirmée lors de la cérémonie des Grammy Awards 2026, le 1er février, à la Crypto.com Arena de Los Angeles. Récompensé pour le meilleur album de musique urbaine grâce à DeBÍ TiRAR MáS FOToS, une première pour un projet en espagnol, Bad Bunny a profité de son discours pour appeler au retrait des agents de l’ICE. « Avant de remercier Dieu, je vais dire : ICE out. Nous ne sommes pas des sauvages, nous ne sommes pas des animaux, nous ne sommes pas des étrangers : nous sommes des êtres humains, et nous sommes Américains », a-t-il lancé, sous une standing ovation. Conscient du climat de tensions, il a ensuite invité à dépasser la haine : « Je sais que c’est difficile de ne pas haïr en ce moment… », avant de rappeler que « la seule chose qui soit plus puissante que la haine, c’est l’amour ». Et de conclure : « Nous devons être différents. Si nous nous battons, nous devons le faire avec amour… Ne l’oubliez pas, s’il vous plaît ».

Quand ICE sème « le chaos et la violence »

Pour rappel, à Minneapolis, la politique migratoire menée par l’administration Trump continue de produire des conséquences dramatiques… Début janvier, la ville du Minnesota a été le théâtre de plusieurs opérations de la police fédérale de l’immigration, l’ICE, qui ont viré au drame et ravivé une colère déjà palpable au sein de la population. Le 7 janvier, lors d’« opérations ciblées » mobilisant près de 2 000 agents de l’ICE, une femme de 37 ans, Renee Nicole Good, a été tuée par des tirs d’agents fédéraux. Les faits se sont déroulés sur Portland Avenue et selon des images analysées et authentifiées par la presse américaine, le véhicule qu’elle conduisait a été bloqué par plusieurs agents avant que des coups de feu ne soient tirés. Quelques jours plus tard, Minneapolis a de nouveau été endeuillée par des tirs impliquant des agents fédéraux… La victime ? Alex Jeffrey Pretti, également âgé de 37 ans, était infirmier dans une unité de soins intensifs. Ces événements successifs ont provoqué une vive réaction des autorités locales.

Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a dénoncé de « nouveaux tirs atroces » et pointé directement la responsabilité de la police de l’immigration. Lors d’une conférence de presse, il a demandé que l’enquête soit confiée aux autorités locales plutôt qu’aux instances fédérales. « On ne peut pas se fier à l’État fédéral pour mener l’enquête », a-t-il affirmé, accusant l’ICE de semer « le chaos et la violence ». La brutalité de ces opérations ne s’est pas limitée aux affrontements mortels. Le 20 janvier, un enfant de cinq ans, Liam Ramos, et son père, Adrian Conejo Arias, ont été interpellés par la police de l’immigration dans les rues de Minneapolis. Tous deux ont ensuite été transférés à plus de 1 800 kilomètres de leur domicile, dans un centre de détention pour familles de migrants situé au Texas. Dix jours plus tard, après une vive mobilisation politique et judiciaire, ils ont finalement été libérés. La veille, un juge fédéral avait ordonné leur remise en liberté « dès que possible ».

Journaliste et fondatrice de thedaybriefing.com

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